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Interviews en ligne

Bruno Eymard
Le 3,4-DAP, médicament efficace pour traiter le syndrome de Lambert Eaton (LEMS), vient d'obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) à l'échelle européenne.
Bruno Eymard, responsable de l’Unité de Pathologie Neuromusculaire de l'Institut de Myologie, convaincu du bénéfice de ce médicament pour les patients,  s’est  fortement engagé pour faciliter sa mise à disponibilité, grâce au soutien de l'AFM et de l'AP-HP.
 
Combien de temps aura-t-il fallu pour obtenir cette AMM ?
Cela fait une dizaine d’années que je  me suis appliqué à faciliter la mise à disposition du 3,4-DAP.  Le traitement du LEMS a longtemps reposé en France sur la guanidine, ayant une toxicité sévère notamment sur le plan hématologique et rénal. Le 3,4-DAP est un produit beaucoup moins toxique et d’efficacité reconnue ayant déjà été utilisé dans de nombreux pays. Je voyais donc la nécessité absolue de changer de traitement pour mes patients en tant que clinicien et j'ai joué un rôle d'aiguillon auprès des autorités réglementaires pour les sensibiliser et les accompagner dans leur démarche d’obtention d’AMM.
Pour l’instant, l'AMM n’a été effectivement obtenue qu’auprès des instances européennes (EMA). Pour être commercialisé en France, le 3,4-DAP doit maintenant être autorisé par les instances françaises (AFSSAPS) pour les patients atteints du syndrome de Lambert Eaton ainsi que pour ceux qui sont atteints de certains syndromes myasthéniques congénitaux. Cela dit, l’autorisation est sur le point d’être accordée pour une durée de cinq ans.
 
Quels ont été les rôles respectifs de l’AFM et de l’AP-HP ?
Les deux organismes ont ici étroitement collaboré. Pendant près de vingt ans, les pharmacies des hôpitaux des grandes villes ont fabriqué le 3,4-DAP à la demande, avec des conditions d’obtention parfois difficiles pour les patients. Il est devenu nécessaire d’homogénéiser la fabrication, entre autres pour des raisons de pharmacovigilance. Une équipe de l'Agence Générale des Equipements et Produits de Santé (AGEPS) de l’AP-HP a alors développé un comprimé de 3,4- DAP. L'Office de Transfert de Technologie et de Partenariats Industriels de l'AP-HP (OTT&PI) a par la suite obtenu un brevet pour l’utilisation de la substance active dans le traitement de diverses pathologies, dont le syndrome de Lambert-Eaton. Pour développer et commercialiser le produit obtenu, l’AP-HP a ensuite conclu deux partenariats. L’un financier, avec l’AFM, pour réaliser des études de toxicité complémentaires sur les animaux, l’autre industriel avec OPi-EUSA/Huxley-Biomarin, dans le cadre d’un accord de licence mondiale*.
 
Pouvez-vous décrire le mécanisme d’action du 3,4-DAP ?
Le syndrome de Lambert Eaton est une maladie rare de la jonction neuromusculaire due à une libération pré-synaptique insuffisante d’acétylcholine (ACh) qui entraîne une faiblesse musculaire. Le 3,4-DAP bloque les canaux potassiques voltage-dépendants de l’axone. Ce blocage cause la dépolarisation de la membrane pré-synaptique et ralentit voire inhibe la repolarisation de la membrane présynaptique. La dépolarisation prolongée induit l’ouverture des canaux calcium potentiel-dépendants lents et l’influx de calcium. L’augmentation de la concentration intra-cellulaire de calcium entraîne l’exocytose des vésicules contenant l’ACh et améliore en conséquence la transmission neuromusculaire**.
 
Et pour les patients ?
Ce traitement est très positif : c'est le médicament de première intention le plus efficace pour cette maladie de la jonction neuromusculaire et ses effets secondaires sont mineurs. S'il était extrêmement difficile de l'obtenir auparavant, cela va devenir plus simple et plus rapide, ce qui facilitera le traitement des patients atteints de certains syndromes  myasthéniques.
 
 
Mai 2010
Propos recueillis par Anne Berthomier