Pouvez-vous nous retracer votre parcours
professionnel ?
Dr Chong-Bo Zhao : Je suis neurologue à l'hôpital
Huashan de Shanghaï. Je m'intéresse plus particulièrement à la myasthénie
auto-immune et aux syndromes myasthéniques en général. J'appartiens à un groupe
de médecins qui étudie cette pathologie et nous essayons de découvrir de
nouvelles protéines et gènes qui lui sont associés. Nous avons une expérience
très limitée en ce qui concerne les autres maladies neuromusculaires telles que
les dystrophies musculaires, dystrophies myotoniques, canalopathies etc. En
effet, dans notre pays, le gouvernement et les médecins se focalisent plus sur
les pathologies communes et ne sont pas intéressés par les pathologies
relativement rares. Mais notre hôpital souhaite s'investir un peu plus dans ce
domaine, c'est pourquoi mon département a pris en charge mes frais pour suivre
cette formation à l’école d’été de Myologie en France.
Quelles sont vos attentes par rapport à cette
session de formation ?
Dr Chong-Bo Zhao : Cette école d'été me permet une mise à
niveau de mes connaissances, une meilleure compréhension des maladies
neuromusculaires et l’acquisition d’informations plus fondamentales. Je vais
pouvoir voir des cas pratiques, en discuter avec des spécialistes et m'informer
sur les tests génétiques, car ils sont très importants pour le diagnostic des
maladies neuromusculaires. De ce point de vue, nous sommes très loin d'être
opérationnels dans ce domaine dans notre hôpital. Nous avons seulement un
diagnostic histopathologique assez basique et nous rencontrons beaucoup de
problèmes avec les techniques d'immunomarquage. Notre département de
neuropathologie se focalise beaucoup plus sur les 8000 échantillons cérébraux et
autres tissus nerveux que sur les quelques 100 échantillons de tissus
musculaires! J’espère établir des relations avec l'AFM et si possible séjourner
quelque temps, en France, pour apprendre les techniques de diagnostic et mieux
connaître les pathologies neuromusculaires.
Dr Carlos Castañeda : Tout d'abord j'ai pensé que ce serait
un bon moyen pour moi de rafraîchir mes connaissances. Mais après ces premiers
jours passés ici, je peux dire que je suis très impressionné. Nous rencontrons
ici des professionnels qui travaillent spécifiquement sur les maladies
neuromusculaires et qui nous font partager leurs connaissances avec plaisir. Je
me suis rendu compte qu'ils ne se contentaient pas de faire un travail
descriptif mais qu'ils sont de véritables chercheurs qui font d'intéressantes
découvertes en histochimie, en génétique, en physiologie, etc.
Quelle est la situation actuelle de l'association
locale oeuvrant dans le champ des maladies neuromusculaires et celle des
personnes atteintes par ces maladies?
Dr Chong-Bo Zhao : Il existe une association en Chine : MDA
China, dont la présidente Madame Zhu, est venue en France récemment et a eu
l'occasion de rencontrer Madame Salama (Chargée de mission bénévole pour les
Affaires internationales) et le professeur Urtizberea (responsable de
l'école d'été de Myologie). Cette association n'en est qu'à ses débuts.
Ses moyens financiers sont très limités et le travail à accomplir est
immense. Il est très difficile en Chine de faire des appels au don, comme le
Téléthon en France.
Ainsi, dans notre hôpital, il n'y a qu'un seul type de
diagnostic pour les dystrophies musculaires progressives. On dit aux malades
qu'il n'est pas nécessaire de rencontrer d’autres spécialistes car on ne peut
pas soigner leur pathologie. On leur conseille de garder leur argent et de
rentrer chez eux en prenant bien soin de leur enfant. Dans quelques hôpitaux
spécialisés, de la kinésithérapie respiratoire, par exemple, est proposée. Mais
ces soins particuliers restent très coûteux et ne sont pas à la portée de tous.
Un autre problème en Chine concerne les habitants des campagnes qui ne sont pas
pris en charge par notre système d’assurance maladie comme le sont les personnes
vivant en ville. Ils doivent prendre en charge eux-mêmes leurs frais médicaux.
Ce système est injuste. Il y a actuellement, dans l'Est de la Chine, quatre ou
cinq provinces qui proposent une sécurité sociale locale pour leurs patients.
Elles attribuent une somme à l'année pour les frais médicaux. Je suis très
impressionné de ce que je vois en France et je me rends compte qu'il nous reste
beaucoup à faire, mais je reste confiant.
Dr Carlos Castañeda : Comme vous le savez sûrement, plus de
la moitié de la population péruvienne est pauvre. La plupart de nos patients
n’ont donc pas les moyens financiers de se rendre dans une consultation, ni de
suivre un traitement. Le manque de ressources dans les institutions publiques ou
privées est également problématique pour les chercheurs et rend difficile la
réalisation de diagnostics précis ou de prise en charge adéquate.
Nous avons
beaucoup de myopathies et neuropathies qui ne sont pas, à ce jour,
spécifiquement explorées comme en Europe. Au Pérou, il y a de bons cliniciens,
mais l'anatomopathologie musculaire fait défaut. On n’en est qu'au tout début du
développement des techniques d'ADN et de la connaissance des gènes. En plus, les
quelques personnes qui ont les connaissances nécessaires ne travaillent pas
ensemble et ne partagent pas trop leurs connaissances et découvertes. Il
n'existe pas d'équipes pluridisciplinaires constituées et je pense que ce
phénomène ne facilite pas l'évolution de la connaissance des maladies
neuromusculaires dans notre pays.